Des moustiques porteurs de Wolbachia ont réduit la dengue lors d'un vaste essai en Indonésie. L'Organisation mondiale de la Santé finalise encore sa recommandation mondiale, attendue fin 2027.
Ce qu'est Wolbachia et pourquoi cela compte
Wolbachia est une bactérie naturellement présente chez de nombreux insectes, dont certains moustiques. L'Organisation mondiale de la Santé la décrit comme une bactérie intracellulaire naturelle pouvant être introduite dans des populations de moustiques Aedes. Le but est de réduire la capacité de ces moustiques à transmettre des infections virales comme le virus de la dengue. Cette approche est appelée remplacement de population. Les chercheurs élèvent et relâchent des moustiques porteurs de Wolbachia, qui s'accouplent avec les moustiques sauvages. La bactérie passe alors aux générations suivantes, si bien que la population locale de moustiques finit par la porter aussi. Une fois installée, cette population transmet moins efficacement les virus de la dengue, du chikungunya et du Zika. Cela compte parce que la dengue est une maladie grave et parce que les outils de lutte existants, comme la pulvérisation d'insecticides et l'élimination des eaux stagnantes, ont souvent du mal à maintenir les populations de moustiques à un niveau bas.
Aedes aegypti : le moustique à l'origine de la dengue urbaine
Le moustique au cœur de ces travaux est Aedes aegypti. Il se reproduit dans de petits récipients d'eau près des habitations, pique pendant la journée et prospère dans les villes et les zones densément peuplées. Ces habitudes rendent la dengue difficile à contrôler avec les seules mesures habituelles. L'Organisation mondiale de la Santé note que Wolbachia peut réduire la capacité d'Aedes aegypti à transmettre le virus de la dengue et les virus apparentés. C'est pourquoi les chercheurs cherchent à remplacer la population locale plutôt qu'à tuer chaque moustique. Une bactérie qui se propage d'elle-même par l'accouplement offre un changement durable, et non un traitement chimique répété. Cela s'accorde aussi avec un message de prévention simple : moins de moustiques compétents signifie moins de piqûres infectieuses, même si les gestes au sein des foyers, comme couvrir les réserves d'eau et éliminer les récipients, restent importants.
L'essai de Yogyakarta et sa conception
Les données les plus solides proviennent d'un essai mené à Yogyakarta, en Indonésie. Utarini, Indriani, Ahmad et le groupe d'étude AWED ont publié les résultats dans le New England Journal of Medicine en 2021. L'étude était un essai randomisé par grappes portant sur 24 grappes géographiques de la ville de Yogyakarta. Douze grappes ont reçu des lâchers d'Aedes aegypti infectés par wMel et douze ont servi de témoins non traités. Les chercheurs ont dépisté 8 144 personnes. Ils ont retenu 6 306 participants âgés de 3 à 45 ans présentant une fièvre aiguë indifférenciée durant un à quatre jours dans l'analyse principale. Parmi eux, 2 905 appartenaient au bras intervention et 3 401 au bras témoin. La randomisation par grappes compare des quartiers entiers plutôt que des individus, ce qui convient à une intervention qui se propage dans une population de moustiques.
Ce que les résultats de Yogyakarta ont montré
La dengue confirmée virologiquement est survenue chez 67 des 2 905 personnes, soit 2,3 pour cent, dans le bras traité par wMel. Dans le bras non traité, elle est survenue chez 318 des 3 401 personnes, soit 9,4 pour cent. Cela donne une efficacité protectrice de 77,1 pour cent, avec un intervalle de confiance à 95 pour cent de 65,3 à 84,9. Une hospitalisation a eu lieu chez 13 des 2 905 personnes, soit 0,4 pour cent, contre 102 des 3 401 personnes, soit 3 pour cent. Cela représente une efficacité protectrice de 86,2 pour cent, avec un intervalle de confiance de 66,2 à 94,3. La prévalence mensuelle médiane de wMel au niveau des grappes était de 95,8 pour cent, intervalle interquartile de 91,5 à 97,8 pour cent, sur 27 mois de surveillance clinique. Les auteurs concluent que l'introgression de wMel a réduit la dengue symptomatique et conduit à moins d'hospitalisations pour dengue.
Comment l'OMS a d'abord évalué cette approche
L'Organisation mondiale de la Santé a indiqué en septembre 2020 que l'essai de trois ans mené en Indonésie donnait des résultats prometteurs. Son article d'actualité précisait que les cas de dengue diminuaient nettement dans les zones où des moustiques porteurs de Wolbachia avaient été relâchés, par rapport aux zones non traitées. Cet article ne publiait pas les pourcentages de réduction, qui relèvent du rapport paru dans une revue à comité de lecture. Il indiquait que les résultats seraient transmis en décembre au Groupe consultatif de l'OMS sur la lutte antivectorielle pour une évaluation officielle de l'impact de la stratégie. En 2020, ce groupe consultatif a examiné les données d'essais sur le terrain portant sur le remplacement de populations et menés dans plusieurs pays. Il a conclu que l'intervention avait démontré un impact épidémiologique. C'était une première étape importante : un groupe d'experts admettait que la méthode pouvait influer sur la maladie, et pas seulement sur la biologie des moustiques.
Des lâchers sur le terrain dans plusieurs pays
Les lâchers ne se sont pas limités à un seul pays. Un reportage de l'Organisation mondiale de la Santé datant de 2016 décrivait des travaux menés en Australie, en Indonésie et au Vietnam. Il relatait aussi des lâchers à Jurujuba, à Niteroi, au Brésil, après un premier projet près de l'aéroport international de Rio de Janeiro en 2014. À l'époque, l'article ne rapportait aucune donnée concrète sur les résultats et présentait la méthode comme prometteuse plutôt que complète. La mise à jour de l'OMS de 2026 indique que plusieurs pays et partenaires mettent déjà en œuvre ou évaluent ces approches. Les données probantes se sont étoffées, avec des résultats issus d'un large éventail de types d'études et un nombre croissant de contextes de mise en œuvre. Cette expérience plus vaste compte, car une méthode qui fonctionne dans une ville doit encore être préparée, surveillée et maintenue ailleurs.
Où en sont les recommandations mondiales aujourd'hui
La mise à jour du 11 juin 2026 de l'Organisation mondiale de la Santé expose la position actuelle. Une nouvelle revue systématique est en cours, intégrant les données probantes disponibles. Le groupe d'élaboration des lignes directrices sur la lutte antivectorielle intégrée devrait se réunir au premier trimestre 2027, et la publication des recommandations est attendue fin 2027. L'OMS élabore par ailleurs un manuel opérationnel pour guider la préparation et la mise en oeuvre de l'intervention par les pays, selon qu'il convient. La finalisation de ce manuel dépend des conclusions du groupe d'élaboration des lignes directrices. D'ici là, les lecteurs doivent considérer les lâchers de Wolbachia comme une méthode de santé publique étayée par des données probantes, qui suit encore le processus de recommandation mondial officiel. Aucun lâcher isolé ne protège à lui seul un foyer. Les barrières physiques et la lutte antivectorielle restent partie intégrante du dispositif, et chaque chiffre cité ici provient du rapport d'essai référencé.
Sources
- Organisation mondiale de la Santé : point de l'OMS sur l'évaluation du remplacement de populations de Wolbachia pour lutter contre les maladies transmises par les Aedes
- Organisation mondiale de la Santé : de minuscules bactéries peuvent-elles aider à freiner la propagation des maladies ?
- Organisation mondiale de la Santé : lutte contre la dengue : un essai de trois ans en Indonésie donne des résultats prometteurs
- New England Journal of Medicine : Efficacité des lâchers de moustiques infectés par Wolbachia pour lutter contre la dengue
