OutbreakFrance · 21 avr. 20268 min de lecture

Dengue confirmé dans les Alpes-Maritimes : ce que le cluster nous dit sur Aedes albopictus dans le sud de l'Europe

Trois cas acquis localement, une hospitalisation. Le génotype correspond à la lignée sud-asiatique en circulation depuis 2024. Ce que cela signifie pour les résidents, les voyageurs et la politique estivale.

Dr. Marion Keller
Directrice générale · Mosticare Agency
Last updated · 21 avr. 2026

La question n'a jamais été de savoir si Aedes albopictus s'établirait dans le sud de l'Europe. Il était déjà établi. La question était de savoir si une transmission locale de la dengue suivrait — et à quelle vitesse.

Le 20 avril 2026, l'agence française de santé publique (Santé publique France) a confirmé trois cas de dengue chez des résidents de Cannes et d'Antibes qui n'avaient pas voyagé au cours des huit semaines précédentes. L'un d'eux a été hospitalisé avec une présentation hémorragique et a depuis guéri. Le séquençage génomique, effectué par l'Unité des Virus Émergents de l'Institut Pasteur, a identifié la lignée DENV-2 Cosmopolite, la souche sud-asiatique en circulation dans la région depuis 2024.

Mise à jour · 23 avril 2026 : Le cluster s'est depuis élargi à 14 cas confirmés dans le département des Alpes-Maritimes. Deux hospitalisations signalées ; les deux patients ont été renvoyés à domicile. Le département de l'Hérault (Montpellier) a par ailleurs confirmé un cluster de chikungunya de 7 cas — le premier de 2026 en France métropolitaine en dehors de la zone initiale des Alpes-Maritimes.

Ce que nous savons

Le cluster est étroitement géographique. Les trois cas initiaux vivaient tous dans un rayon de 600 mètres les uns des autres, le long d'une rue résidentielle présentant des gîtes larvaires Aedes connus — précisément, une série de jardinières ornementales non entretenues et une citerne de jardin partagée. Les captures au piège dans les 2 km² environnants ont révélé une densité moyenne de 42 femelles par piège BG-Sentinel par semaine, soit environ quatre fois la référence saisonnière.

L'expansion à 14 cas est cohérente avec la transmission secondaire depuis le gîte larvaire d'origine, amplifiée par un avril chaud. Le réseau de surveillance des maladies à transmission vectorielle du CESP a élevé le département des Alpes-Maritimes à son niveau d'alerte le plus élevé.

Ce que la réponse réflexe rate

La municipalité a autorisé la pulvérisation aérienne de pyréthroïdes sur la zone touchée. Il s'agit, à notre avis, d'une réponse calibrée pour les manchettes plutôt que pour les résultats. La pulvérisation produit un panache visible, une conférence de presse rassurante et une mortalité d'environ 40 % des moustiques adultes pendant une période de 48 à 72 heures. Elle n'atteint pas les gîtes larvaires. Elle n'interrompt pas significativement la transmission. Et elle expose environ 18 000 résidents, plusieurs écoles élémentaires et une coopérative apicole à un produit chimique dont le profil sanitaire à long terme est encore activement examiné par l'EFSA.

La réponse mesurée est la moins spectaculaire : élimination porte-à-porte des gîtes larvaires, larvicidage ciblé au Bti, distribution de protections physiques par moustiquaires et grillages aux fenêtres aux foyers dans le rayon de transmission, et surveillance quotidienne des captures au piège jusqu'au retour aux niveaux de référence. C'est ce qu'a fait l'Italie à Ravenne en 2007. Ça a fonctionné.

Ce que vous pouvez faire · résidents de la région

  1. Inspectez et videz toutes les eaux stagnantes de votre propriété chaque semaine — jardinières, bols pour animaux, gouttières, bâches de piscine.
  2. Installez des grillages adaptés sur les fenêtres de chambre ; utilisez une moustiquaire Mosticare ou équivalente.
  3. Évitez les sprays aérosols et les diffuseurs à prise dans les espaces intérieurs — particulièrement en présence d'enfants ou de pathologies respiratoires dans le foyer.
  4. Si vous développez de la fièvre avec maux de tête et douleurs musculaires dans les trois prochaines semaines, contactez votre médecin et signalez votre adresse.

L'arc plus long

La France a enregistré son premier cas de dengue acquis localement en 2010. Entre 2010 et 2019, le pays a compté en moyenne moins de dix cas autochtones par an. En 2022, ce chiffre a dépassé soixante. En 2024, il approchait les deux cents. Le vecteur n'arrive plus — il vit ici. Notre posture doit s'adapter en conséquence.

La saison 2026 avance sur tous les indicateurs méditerranéens par rapport à la base de 2025. Les densités au piège sont élevées. Les températures ont été constamment 1,4 °C au-dessus de la moyenne sur 10 ans. Le flux de cas importés en provenance d'Asie du Sud-Est et d'Amérique latine est plus élevé qu'aucun mois d'avril précédent jamais enregistré.

Mosticare continuera à suivre ce cluster avec des mises à jour quotidiennes sur la Carte des menaces. Le dossier régional est disponible sur mosticare.org/threat-map et sera révisé à mesure que les données de piégeage, les rapports de cas et les résultats de séquençage parviendront.