Un nouveau modèle projette le chikungunya en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Nouvelle-Angleterre d'ici 2100
Une étude publiée le 27 mai 2026 dans *Frontiers in Cellular and Infection Microbiology* applique des modèles d'ensemble de distribution d'espèces à 16 scénarios climatiques du GIEC et projette l'expansion de la zone climatiquement favorable au chikungunya vers le centre-nord de l'Europe, le nord-est de l'Amérique du Nord et l'Asie de l'Est d'ici 2100. Le moustique qui transporte le virus en climat tempéré — *Aedes albopictus*, le moustique-tigre asiatique — est déjà implanté dans 83 des 96 départements français. Le conseil des chercheurs : se préparer avant 2040, pas à la fin du siècle.
Par David Ogilvy, Directeur Marketing de Mosticare Global | Publié le 2026-06-11
Un virus que la plupart des Européens considèrent encore comme un souvenir de voyage sous les tropiques vient d'être projeté sur l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la Nouvelle-Angleterre. Pas aujourd'hui — d'ici 2100. Mais le moustique qui le transporterait est déjà présent dans 83 des 96 départements français, ce qui rend la prévision moins un scénario de science-fiction qu'une arrivée au ralenti que l'on peut déjà observer.
La carte provient d'une étude publiée le 27 mai 2026 dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology, dirigée par des chercheurs chinois dont Ye Xu et Yang Wu. Ils ont construit des modèles d'ensemble de distribution d'espèces — plusieurs approches de modélisation regroupées pour réduire le biais d'une seule — et les ont appliqués à 16 scénarios climatiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. La question était simple : à mesure que le monde se réchauffe, où le chikungunya devient-il possible ?
Le chiffre-titre, et celui qui est en dessous
Commençons par où nous en sommes. L'étude établit que 21,26 % de la superficie terrestre mondiale, dans 139 pays, sont déjà climatiquement favorables à la transmission du chikungunya — essentiellement dans les tropiques et les subtropiques. C'est la situation de départ. Environ un cinquième des terres de la planète pourrait, en principe, accueillir le virus dès aujourd'hui.
La projection est que cette zone favorable progresse vers les pôles. D'ici 2100, les modèles poussent le risque de transmission vers le centre-nord de l'Europe, le nord-est de l'Amérique du Nord et l'Asie de l'Est — citant le Royaume-Uni, l'Allemagne, les États-Unis, la Chine et le Japon parmi les territoires intégrés au cadre. Ce ne sont pas des endroits qui figurent dans la carte mentale qu'ont la plupart des gens des maladies à transmission vectorielle. C'est précisément le propos.
Le mécanisme tient à un seul insecte tolérant au froid. Le chikungunya dans le monde tempéré voyage sur Aedes albopictus, le moustique-tigre asiatique, plutôt que sur son cousin tropical plus connu Aedes aegypti. Le moustique-tigre supporte des conditions plus fraîches, passe l'hiver sous forme d'œufs, et a passé deux décennies à remonter vers le nord à travers l'Europe. À mesure que le climat se réchauffe, il gagne du terrain — et le virus ne peut suivre que là où le vecteur est déjà présent.
Il y a une fenêtre de température qui fait silencieusement le travail. Entre environ 18 °C et 28 °C, le virus du chikungunya se développe quatre à cinq fois plus vite dans le moustique. Réchauffez un été tempéré de quelques degrés, et vous ne rendez pas seulement l'insecte plus à l'aise — vous raccourcissez le délai entre le moment où un moustique pique un voyageur infecté et celui où ce même moustique devient lui-même infectieux. De petits décalages du thermomètre produisent des décalages disproportionnés du risque.
Pourquoi 2100 n'est pas la bonne date à laquelle se focaliser
Il est tentant de lire « d'ici 2100 » et de classer toute l'affaire dans la catégorie des problèmes-pour-les-petits-enfants. Les chercheurs, sagement, ne le font pas. Leur recommandation est que les pays des zones nouvellement favorables donnent la priorité à la préparation avant 2040 — surveillance, formation des cliniciens, la tuyauterie ingrate de la santé publique — plutôt que d'attendre que la carte de fin de siècle arrive.
Et le présent plaide déjà leur cause. Le chikungunya n'attend pas 2100 pour éprouver l'Europe. En 2025, Santé publique France a recensé 809 cas autochtones de chikungunya — des infections acquises sur le sol français, sans voyage — et le moustique-tigre est désormais implanté dans l'écrasante majorité de la France métropolitaine. La Guyane a vu le virus revenir après une décennie de silence. Le décompte mondial de 2025 a dépassé le demi-million de cas signalés et atteint les centaines de décès dans des dizaines de pays. Le modèle ne décrit pas un autre monde. Il décrit la trajectoire de celui-ci.
C'est ainsi, de manière utile, qu'il faut lire une projection à long terme : non pas comme une prophétie sur 2100, mais comme une direction de voyage déjà vérifiable au regard des bulletins de surveillance de cet été. Le vecteur est là. Le modèle vous dit ce que fait le virus à mesure que le climat continue de rattraper le moustique.
À quoi ressemblerait une saison tempérée du chikungunya
Il vaut la peine d'être précis, parce que l'alarme est facile et l'exactitude plus utile. Le chikungunya tue rarement — le nom vient d'un mot makonde qui décrit la posture voûtée de ses victimes, car sa signature n'est pas la mort mais la douleur articulaire, parfois sévère et parfois persistante pendant des mois. Une flambée tempérée ressemblerait moins à une catastrophe qu'à une nuisance de santé publique à longue traîne : des foyers de fièvre et de douleurs articulaires en fin d'été, concentrés là où le moustique-tigre est le plus dense, en grande partie spontanément résolutifs, occasionnellement débilitants pour les personnes âgées et les malchanceux.
Ce n'est pas une raison de paniquer. C'est une raison de se préparer, ce qui est une activité différente et plus calme. Les pays que le modèle signale ont du temps — c'est le cadrage même des chercheurs — et les interventions sont bien connues.
Où se place la perspective Mosticare
L'implication honnête d'une étude comme celle-ci est peu spectaculaire. Un climat qui se réchauffe offre au moustique-tigre davantage de territoire, et le virus suit derrière. On ne peut pas facilement déréchauffer le climat à l'échelle d'un seul été, et on ne peut pas voter pour chasser le moustique de 83 départements. Ce que l'on peut faire, c'est lui refuser localement les deux choses dont il a besoin : un endroit où se reproduire et un accès facile aux personnes.
Les deux relèvent du physique, pas du chimique. Le moustique se reproduit dans les eaux stagnantes que l'on peut vider — soucoupes sous les pots de fleurs, gouttières bouchées, seau oublié. Il atteint les personnes à travers des fenêtres et des portes qu'une moustiquaire ferme, et au-dessus de lits qu'une moustiquaire couvre. Rien de tout cela ne dépend de ce que la carte de fin de siècle ait exactement raison. La suppression des gîtes et les barrières réduisent le risque lors d'un été chaud à Bologne aujourd'hui comme lors d'un été plus chaud à Birmingham dans quelques décennies. Ce sont les interventions qui se moquent du scénario du GIEC.
C'est l'avantage discret de se préparer au vecteur plutôt que de prévoir le virus. La prévision peut se tromper d'une décennie ou d'un degré. Le moustique dans votre jardin n'est pas une prévision.
Ce qu'il faut surveiller ensuite
Trois signaux. Premièrement, les décomptes de cas autochtones publiés par Santé publique France, l'ISS italien et le RKI allemand au fil de cette saison — la vérité de terrain contre laquelle tout modèle 2100 sera jugé. Deuxièmement, la réplication : les modèles d'ensemble sont plus solides que les modèles isolés, mais un deuxième groupe indépendant parvenant à la même conclusion sur les zones tempérées renforcerait considérablement le résultat. Troisièmement, les vaccins — un vaccin autorisé contre le chikungunya existe désormais, et la rapidité avec laquelle les systèmes de santé tempérés le stockeront et le déploieront déterminera si l'avertissement de 2040 du modèle est entendu ou classé. La carte dit que le virus arrive par le nord. La question ouverte est de savoir si la préparation arrivera la première.
Ce que nous savons
Sources citées
- Frontiers in Cellular and Infection Microbiology — « Predicting the global risk of chikungunya virus under climate change using ensemble species distribution models », 27 mai 2026. https://www.frontiersin.org/journals/cellular-and-infection-microbiology/articles/10.3389/fcimb.2026.1808175/full
- Frontiers — « North America and Europe could become hotspots for chikungunya virus due to climate change », communiqué de presse, 27 mai 2026. https://www.frontiersin.org/news/2026/05/27/frontiers-cellular-and-infection-microbiology-forecast-chikungunya-virus-spread-into-temperate-zone-by-2100
- Euronews Health — « Europe could become a chikungunya virus hotspot as climate change expands mosquito habitat », 27 mai 2026. https://www.euronews.com/health/2026/05/27/europe-could-become-a-chikungunya-virus-hotspot-as-climate-change-expands-mosquito-habitat
- Santé publique France — activation de la surveillance des arbovirus 2026 (données 2025 sur les cas autochtones). https://www.santepubliquefrance.fr/en/press/2026-stepped-efforts-combat-tiger-mosquito-activation-surveillance-and-control-system