L'OMS actualise la base mondiale de référence pour les insecticides qui fonctionnent encore contre les moustiques
Le 11 juin 2026, l'Organisation mondiale de la santé a publié une mise à jour des recommandations sur les concentrations discriminantes et les méthodes de surveillance de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs. Les programmes nationaux de lutte contre le paludisme et contre Aedes s'appuient sur ce document pour décider quelles familles chimiques restent efficaces et où la résistance aux pyréthrinoïdes s'est propagée.
Le 11 juin 2026, l'Organisation mondiale de la santé a publié une mise à jour des recommandations sur les concentrations discriminantes et les méthodes de surveillance de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs. La publication est le document de référence international que les programmes nationaux de lutte contre le paludisme et contre Aedes utilisent pour décider quelles familles chimiques restent efficaces et où la résistance s'est propagée. Il ne s'adresse pas au grand public, mais il oriente chaque décision qu'un programme national prendra au cours du prochain cycle opérationnel sur la pulvérisation intra-domiciliaire, les moustiquaires imprégnées d'insecticide et les réponses par nébulisation.
Ce qu'est une « concentration discriminante », en un paragraphe
Une concentration discriminante est la dose d'un insecticide qui, dans un bioessai standardisé, tue la quasi-totalité des moustiques sensibles et laisse survivre les résistants. Lorsque les moustiques capturés sur le terrain survivent à la dose discriminante au-delà d'un seuil défini, la population du site est déclarée résistante à cette famille chimique. La concentration discriminante est donc le seuil opérationnel : c'est ce qui transforme un chiffre de laboratoire en décision d'achat national.
Pourquoi la mise à jour compte en 2026
Trois pressions ont rendu ce renouvellement nécessaire :
- La résistance aux pyréthrinoïdes est devenue mondiale. Les pyréthrinoïdes sont la famille chimique dominante sur les moustiquaires imprégnées et dans de nombreux programmes de pulvérisation intra-domiciliaire. La Malaria Threats Map de l'OMS recense la résistance aux pyréthrinoïdes dans 48 des 53 pays africains déclarants et dans la plupart des populations d'Aedes échantillonnées en Asie du Sud et du Sud-Est. Les concentrations discriminantes fixées au début des années 2010, lorsque la résistance aux pyréthrinoïdes a été détectée pour la première fois chez Anopheles gambiae en Afrique de l'Ouest, ne reflètent plus la courbe dose-réponse des populations de terrain contemporaines.
- Les nouveaux ingrédients actifs ont besoin de nouveaux seuils. La dernière décennie a ajouté trois classes chimiques à la boîte à outils des insecticides de santé publique : les néonicotinoïdes (clothianidine dans les produits IRS de nouvelle génération comme SumiShield), les pyrroles (chlorfénapyr) et les régulateurs de croissance (pyriproxyfène pour l'auto-dissémination). Chaque classe a nécessité sa propre validation de concentration discriminante. L'OMS a utilisé la mise à jour 2026 pour consolider les seuils de ces familles chimiques dans un document de référence unique.
- La résistance d'Aedes a dépassé la surveillance d'Aedes. Pour Aedes aegypti et Aedes albopictus, les données nationales de résistance aux pyréthrinoïdes sont plus fragmentaires que pour Anopheles, et la diffusion récente de nouvelles mutations du canal sodique voltage-dépendant chez Ae. albopictus en Malaisie et d'allèles de résistance métabolique chez Ae. aegypti en Arabie saoudite (Al-Madinah Al-Munawarah) signifie que les doses discriminantes calibrées sur des populations anciennes doivent être re-validées. L'OMS n'a pas encore comblé le fossé de surveillance sous-jacent, mais la mise à jour 2026 resserre le protocole de bioessai et le format de déclaration.
Ce que fait la mise à jour 2026
- Elle consolide les concentrations discriminantes pour les pyréthrinoïdes (alpha-cyperméthrine, deltaméthrine, lambda-cyhalothrine, perméthrine), les organochlorés (DDT), les organophosphorés (malathion, pirimiphos-méthyl), les carbamates (bendiocarbe, propoxur), les néonicotinoïdes (clothianidine), les pyrroles (chlorfénapyr) et les régulateurs de croissance (pyriproxyfène) dans un document de référence unique.
- Elle met à jour le protocole de bioessai (test en tube OMS et test en cône OMS) pour les populations contemporaines de moustiques, y compris Aedes.
- Elle standardise les seuils de fréquence de résistance utilisés pour déclarer une population « résistante suspectée » ou « résistante confirmée », et clarifie les conséquences opérationnelles (passage à une nouvelle classe chimique, ajout d'un synergiste, intensification de la gestion des gîtes larvaires).
- Elle aligne le format de surveillance sur les champs de données de la Malaria Threats Map de l'OMS, de sorte que les programmes nationaux qui déclarent via la Threats Map voient leurs données interprétées au regard des seuils actuels et non de ceux des années 2010.
Ce que la mise à jour ne fait pas
Elle ne résout pas le problème sous-jacent. La résistance continue de se propager plus vite que le système de surveillance ne peut la détecter. Le document resserre la méthode analytique, et non la cadence de déploiement sur le terrain. Les programmes nationaux déjà sous tension le resteront. La résistance aux pyréthrinoïdes continuera de pousser la substitution vers les moustiquaires imprégnées de néonicotinoïdes (Interceptor G2 et produits similaires), les moustiquaires combinées (pyréthrinoïde plus pyrrole) et les moustiquaires à synergiste PBO là où les allèles de résistance sont métaboliques. Rien de tout cela n'est une nouveauté pour un responsable de programme national ; ce qui est nouveau, c'est que le document de référence mondial est désormais mis à jour pour refléter le mix chimique de 2026.
Ce qu'il faut faire
- Pour les responsables de programmes nationaux de lutte contre le paludisme et contre Aedes : téléchargez la mise à jour OMS 2026, rafraîchissez votre protocole de bioessai et mettez à jour le tableau des seuils de résistance de votre manuel de programme. Recoupez les seuils avec les données de fréquence de résistance de la Malaria Threats Map de l'OMS pour votre pays.
- Pour les chercheurs académiques et opérationnels : la mise à jour 2026 crée une comparaison avant/après propre pour évaluer les populations de terrain. Les nouveaux allèles kdr V1016G/F1534C chez Aedes d'Asie du Sud-Est et les nouvelles mutations VGSC dans les populations malaisiennes sont les cibles de calibration évidentes.
- Pour la communication en protection du consommateur : la mise à jour ne change pas ce qu'un foyer doit faire. L'histoire de la résistance aux pyréthrinoïdes est la raison structurelle pour laquelle la protection individuelle à domicile (répulsif cutané, vêtements barrière, moustiquaires imprégnées, fenêtres grillagées) fait désormais partie intégrante de la réponse, et non un supplément d'urgence à celle-ci.
Publié le 2026-06-12 · Mosticare Editorial
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