29 juin 20268 min de lecture

La Hongrie devient le centre européen du virus du Nil occidental : 111 cas autochtones en 2024 cartographiés

Une nouvelle étude génomique et épidémiologique publiée dans *Eurosurveillance* désigne la Hongrie comme le foyer persistant de transmission du virus du Nil occidental en Europe. En 2024, le pays a enregistré 113 cas humains, dont 111 autochtones, 92 pour cent neuro-invasifs, 7,9 pour cent mortels, les 55 souches séquencées appartenant toutes au lignage 2. La phylogéographie identifie deux corridors viraux persistants au départ de la Hongrie : l'un vers l'ouest le long du Danube, l'autre vers le sud-est dans les Balkans. La saison européenne du VNO 2026 testera la validité de cette prédiction.

Last updated · 29 juin 2026

La Hongrie a signalé 113 cas humains de virus du Nil occidental en 2024. Cent onze d'entre eux ont été contractés sur le territoire national. Quatre-vingt-douze pour cent étaient neuro-invasifs. Sept virgule neuf pour cent ont été mortels. Chaque souche séquencée appartenait au lignage 2. Et une seule étude génomique, publiée ce printemps, a désormais établi le pays comme le foyer persistant de transmission du VNO en Europe, avec deux corridors viraux qui en partent, l'un vers l'ouest le long du Danube, l'autre vers le sud-est dans les Balkans.

C'est l'image institutionnelle à laquelle la santé publique européenne doit désormais se planifier.

Ce que la Hongrie a réellement fait en 2024

Les chiffres proviennent d'une étude génomique et épidémiologique exhaustive menée par Anna Nagy et ses collègues du Centre national de santé publique de Budapest, publiée en avril 2026 dans Eurosurveillance. La présence du VNO en Hongrie est attestée depuis 2004, mais la saison 2024 a représenté la plus vaste distribution géographique du virus jamais enregistrée en Europe. Les 113 cas correspondaient à une multiplication par 3,7 par rapport à 2023, faisant passer l'incidence de 0,31 à 1,16 pour 100 000 habitants en une seule année.

Sur les 113 cas, 111 étaient autochtones, contractés en Hongrie, et seulement deux étaient importés. Soixante-cinq virgule cinq pour cent des patients étaient des hommes. Soixante-trois virgule sept pour cent avaient plus de 60 ans. Le tableau clinique était sévère : 104 des 113 cas (92 pour cent) présentaient une forme neuro-invasive, méningite, encéphalite ou paralysie flasque aiguë, et neuf patients sont décédés, soit un taux de létalité de 7,9 pour cent. Le pic saisonnier s'est situé durant les semaines épidémiologiques 35 et 36, fin août et première semaine de septembre.

La distribution géographique était inhabituellement large. L'incidence au niveau des comitats était la plus élevée dans le Fejér, sur la rive ouest du Danube, à peu près à mi-chemin entre Budapest et la frontière sud. Une incidence élevée est aussi apparue dans le Jász-Nagykun-Szolnok, le Csongrád-Csanád et le Heves, les comitats de la Grande Plaine courant au sud et à l'est de Budapest vers les frontières serbe et roumaine.

Ce que disent réellement les génomes

L'apport de l'équipe de Nagy ne se limite pas à un décompte plus élevé des cas. Les chercheurs ont séquencé 55 souches provenant de 38 humains, 15 oiseaux et deux pools de moustiques Culex pipiens, puis ont combiné ces données avec 637 séquences génomiques européennes du VNO recueillies entre 2004 et 2024 pour construire une phylogéographie bayésienne à l'échelle temporelle du virus sur le continent. Chacune des 55 souches hongroises appartenait au lignage 2, et la diversité virale hongroise s'inscrit dans six des huit grands clades européens du VNO. Le pays n'a pas seulement été un récipiendaire d'introductions du VNO venues d'ailleurs en Europe ; il en a été une source, à plusieurs reprises, depuis que ce lignage s'y est implanté en 2004.

La modélisation continue de la diffusion spatiale a identifié deux corridors viraux persistants au départ de la Hongrie. Le premier court vers l'ouest le long du Danube, vers l'Autriche et le reste de l'Europe centrale. Le second court vers le sud-est, dans les Balkans, en Serbie, en Roumanie, en Macédoine du Nord, et de là plus au sud. Les deux corridors portent l'expansion vers le nord comme caractéristique structurelle. Le trafic viral entre la Hongrie et ses voisins est bidirectionnel, mais la Hongrie en constitue le centre de gravité.

C'est le sens institutionnel de la conclusion des auteurs. La Hongrie, écrivent-ils, « demeure un foyer de transmission du VNO essentiel en Europe centrale, avec une endémicité établie de plusieurs clades du lignage 2 ».

Comment cela cadre la saison 2026

La saison européenne du VNO 2026 s'est ouverte sur le plus modeste décompte de départ enregistré depuis des années. Le bulletin hebdomadaire de l'ECDC, publié le 26 juin 2026 avec les données au 24 juin, ne signale que deux pays et trois cas humains : l'Italie, avec deux cas dans les provinces de Caserte (Campanie) et Florence (Toscane), et la Macédoine du Nord, avec un cas dans la région du Vardar. Aucun décès. Aucun nouveau pays. Aucune nouvelle zone. Les bulletins S25 (données au 17 juin) et S26 (données au 24 juin) sont séparés de sept jours calendaires et affichent des totaux identiques. Le rapport sur les menaces de maladies transmissibles de la semaine 26, publié le même jour, porte le cadrage institutionnel de la saison : « les conditions météorologiques saisonnières sont actuellement favorables à la transmission par les moustiques », avec davantage de cas attendus dans les semaines à venir.

Ce cadrage se lit désormais différemment à la lumière de l'article de Nagy. Le pic hongrois de 2024 est survenu fin août et la première semaine de septembre, si bien qu'un mois de juin silencieux en Hongrie correspond exactement à ce que la phylogéographie prédit. La saison italienne 2025 s'est achevée à 779 cas et 72 décès dans neuf régions, soit une létalité de 9,2 pour cent. Le signal européen 2026 porte jusqu'ici sur l'Italie et la Macédoine du Nord, les Balkans, le corridor sud-est de la Hongrie, déjà représentés par le cas macédonien du Vardar.

La question structurelle pour 2026 est de savoir si la Hongrie rejoindra le décompte en fin d'été. L'analyse de Nagy démontre clairement que le pays n'a pas perdu son statut d'endémie. Le réservoir se trouve dans les populations de Culex pipiens de la Grande Plaine, dans les oiseaux migrateurs qui s'y posent, et dans la diversité virale du lignage 2 qui circule désormais de façon continue en Hongrie depuis plus de deux décennies.

Ce qu'ajoute la lecture par l'occupation du sol

Un autre article de 2026, dû à Riccetti et ses collègues du Centre commun de recherche de la Commission européenne, analyse l'incidence du VNO dans les provinces européennes de 2005 à 2019 à l'aide d'une régression spatiale. La couverture en terres arbustives constitue le prédicteur positif le plus fort et le plus spatialement cohérent de l'incidence humaine du VNO ; la couverture forestière est généralement négative ; les zones urbaines et les terres cultivées présentent des effets plus faibles et régionalement variables. Les températures estivales chaudes et l'équilibre saisonnier de l'humidité sont les principaux prédicteurs climatiques. Les comitats hongrois de la Grande Plaine se situent précisément dans la mosaïque d'occupation du sol que l'analyse de Riccetti identifie comme la plus favorable au VNO : terres agricoles ouvertes, terres arbustives riveraines le long du Danube et de la Tisza, et établissements humains dispersés.

Les deux articles conjugués, phylogéographie génomique d'un côté, régression spatiale pan-européenne par l'occupation du sol de l'autre, livrent l'image institutionnelle la plus claire à ce jour de l'endroit où la transmission européenne du VNO dispose d'un soutien structurel. La Hongrie se trouve au centre des deux.

Ce qu'il faut suivre pour le reste de la saison 2026

Les trois prochains bulletins de l'ECDC, S27 (données au 1er juillet 2026, attendues ce jour ou vendredi 3 juillet), S28 (données au 8 juillet) et S29 (données au 15 juillet), constituent le premier véritable test d'expansion de la saison. La référence 2025 désigne la Grèce, la Roumanie, la Hongrie, la Serbie et l'Espagne comme les prochains pays les plus probables à déclarer des cas. La structure en corridors de la Hongrie rend un cas estival tardif 2026 dans le Fejér, le Bács-Kiskun, le Csongrád-Csanád ou Budapest même l'événement statistiquement le plus probable du calendrier européen du VNO.

L'écologie de Culex pipiens autour de Budapest et de la Grande Plaine n'a pas changé ; la diversité virale dans les populations locales d'oiseaux n'a pas été perturbée ; et la souche 2024 s'inscrit dans un réservoir endémique de lignage 2, non pas dans une introduction ponctuelle. La saison européenne du VNO 2026 va tester la prédiction structurelle selon laquelle la Hongrie demeure le foyer persistant du continent.

Pour les voyageurs et les résidants de la ceinture hongroise du VNO, Budapest, la Grande Plaine, le coude du Danube, le conseil opérationnel n'a pas changé depuis une décennie : se couvrir au crépuscule et à l'aube, période où Culex pipiens est le plus actif, utiliser un répulsif dont l'efficacité est prouvée sur les zones de peau exposée, vider chaque semaine les eaux stagnantes des jardins et balcons, et dormir sous une moustiquaire imprégnée ou dans une pièce équipée de moustiquaires en milieu rural et périurbain.

Ce que nous savons

Sources citées

  1. Nagy A, Erdélyi K, Molnár Z, Bagóné Lőrincz R, Nagy O, Koroknai A, Csonka N, Kerényi K, Forgách P, Horváth E, Soltész Z, Nagy G, Takács M, Barcsay E, Szomor K, Tóth GE, Cadar D. La Hongrie, source de diversité et de diffusion du virus du Nil occidental en Europe : enseignements de la saison de transmission 2024. Euro Surveill 2026 ; 31(16) :2500785. DOI : 10.2807/1560-7917.ES.2026.31.16.2500785. PMID 42141881 ; PMCID PMC13109698. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42141881/
  2. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, Bulletin hebdomadaire sur l'infection par le virus du Nil occidental, données au 24 juin 2026, publié le 26 juin 2026. https://wnv-weekly.ecdc.europa.eu/
  3. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, Rapport sur les menaces de maladies transmissibles, 19-26 juin 2026, semaine 26, publié le 26 juin 2026. https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/communicable-disease-threats-report-19-26-june-2026-week-26
  4. Riccetti N, Cescatti A, Ciscar JC, Dubois G, Fanelli A, Figuerola J, Ibarreta D, Szewczyk W, Massaro E. Rôle spatial de l'occupation du sol dans la maladie du virus du Nil occidental en Europe. iScience 2026 ; 29(6) :115754. DOI : 10.1016/j.isci.2026.115754. PMID 42317728 ; PMCID PMC13273564. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42317728/
  5. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, Atlas de surveillance des maladies infectieuses : infection par le virus du Nil occidental, saison en cours (2026). https://www.ecdc.europa.eu/en/west-nile-virus-infection/surveillance-and-disease-data
  6. Santé publique France, Bilan annuel 2025, Surveillance des arboviroses en France hexagonale, publié le 6 mai 2026. https://www.santepubliquefrance.fr/

Publié le 2026-06-29 · Mosticare Editorial

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