28 juin 20267 min de lecture

La vague de chikungunya en Guyane française dépasse 916 cas ; les foyers de l'Île de Cayenne triplent en deux semaines

Le nombre de cas confirmés de chikungunya en Guyane française franchit les 916, en hausse de 27 pour cent en deux semaines, et les foyers épidémiques actifs du secteur de l'Île de Cayenne triplent, passant de deux à sept. La souche appartient à la lignée ECSA *sans* la mutation E1-A226V, ce qui réduit le risque de transmission ultérieure vers l'Europe continentale mais laisse le bassin caraïbe vulnérable. La vague 2026 est en passe de devenir la plus grande épidémie de chikungunya de l'histoire documentée du territoire.

Last updated · 28 juin 2026

La Guyane française a franchi les 916 cas confirmés de chikungunya pour l'épidémie 2026, contre 723 à la semaine 23, une hausse de 27 pour cent en environ deux semaines, et le nombre de foyers épidémiques actifs dans le secteur de l'Île de Cayenne a triplé, passant de deux à sept. L'accélération, consignée formellement dans le bulletin chikungunya Guyane de Santé publique France pour la semaine 25 (publié le 26 juin 2026), est le signal le plus clair à ce jour que 2026 est, pour la Guyane française, la pire année chikungunya depuis l'épidémie de 2014-15.

Ce que dit le bulletin S25

Le bulletin du 25 juin est le bulletin régional dédié au chikungunya, publié par la cellule Guyane de Santé publique France. Les chiffres phares : 916 cas biologiquement confirmés cumulés depuis fin janvier 2026 (semaine 4) ; 67 nouveaux cas rien qu'à la semaine 25, marqués comme non encore consolidés ; et trois nouveaux foyers épidémiques identifiés dans le secteur de l'Île de Cayenne, portant le nombre de foyers actifs du secteur à sept. Les deux secteurs épidémiques préexistants, Savanes et Littoral ouest, autour du Centre Hospitalier de l'Ouest Guyanais (CHOG), continuent de porter la transmission. Le Maroni, couvert par le Centre Départemental de Prévention et de Soins (CDPS), demeure une zone de vigilance mais avec un volume de cas inférieur au Littoral ouest.

Le bulletin ajoute un détail opérationnel qui compte pour les voyageurs et les résidents : les passages aux urgences pour chikungunya au CHOG restent « élevés », même si légèrement en baisse par rapport à la semaine précédente, ce qui est, pour Santé publique France, le signal que la pression hospitalière continue de monter plutôt que de s'alléger. Le CHOG est l'hôpital de référence pour la moitié ouest du territoire, là où l'épidémie a commencé.

Ce que dit l'article évalué par les pairs

L'ancre institutionnelle derrière le bulletin est un article du 14 mai 2026 dans Eurosurveillance, par une équipe multinationale dirigée par Petit Sinturel de Santé publique France avec des co-auteurs de l'Institut Pasteur de Guyane (le centre national de référence des arbovirus), du Centre Hospitalier de l'Ouest Guyanais et du Centre Hospitalier de Cayenne. L'article, Overview of chikungunya viral transmission, French Guiana, 2026, s'appuie sur les semaines 4 à 18 de 2026 et constitue la première caractérisation évaluée par les pairs de la souche et de la diffusion.

Le virus appartient à la lignée Est/Centre/Afrique australe (ECSA), mais, point crucial, sans la mutation adaptative E1-A226V qui a piloté la transmission explosive d'Aedes albopictus lors des précédentes flambées ECSA, notamment la vague 2005-06 de l'océan Indien. La souche se regroupe phylogénétiquement avec les séquences ECSA sud-américaines récentes, et non avec les souches 2025 de l'île de La Réunion. La séroprévalence projetée par les auteurs pour 2026 est de 16,2 pour cent de la population du territoire, le virus se propageant d'ouest en est depuis l'origine ouest-guyanaise (Littoral ouest et Maroni).

La forme de la courbe épidémique, dans leur reconstitution : deux à trois cas par semaine des semaines 4 à 7 ; dix ou plus par semaine des semaines 8 à 15 ; plus de 35 par semaine à partir de la semaine 16. Ce plancher de 35 par semaine était le signal de début d'été ; le bulletin SpF affiche la semaine 25 seule à 67 cas, presque le double du plancher de mi-mai de l'article.

Pourquoi la souche compte

La lignée ECSA sans E1-A226V est une pièce délibérée de bonnes et de mauvaises nouvelles. Aedes aegypti, le vecteur urbain dominant en Guyane française, la transmet efficacement. Aedes albopictus, l'espèce plus tolérante au froid qui a piloté les flambées en Europe tempérée et dans l'ouest de l'océan Indien ces dernières années, la transmet moins efficacement sans cette mutation. Les auteurs de l'article Eurosurveillance jugent donc le risque de transmission ultérieure vers la France continentale et l'Europe continentale comme réduit, mais soulignent que les îles des Caraïbes restent vulnérables parce qu'Aedes aegypti y est présent et dense.

La vulnérabilité caraïbe est le cadre éditorial non évident. Une souche ECSA implantée en Guyane française, où Ae. aegypti est le vecteur urbain, peut voyager avec des humains vers les Caraïbes, en particulier vers les îles ayant des volumes élevés de trafic touristique et familial vers Cayenne et le littoral, et y allumer une transmission locale. La vague de chikungunya 2013-14 dans les Caraïbes, qui a semé la transmission autochtone à travers des dizaines d'îles en environ 18 mois, est le point de référence historique.

Le territoire en chiffres

La Guyane française est un territoire d'outre-mer de la France, peuplé d'un peu moins de 300 000 habitants, bordé par le Suriname à l'ouest et le Brésil au sud et à l'est. Environ la moitié de la population vit dans l'agglomération de l'Île de Cayenne (Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury). Les secteurs Littoral ouest et Savanes couvrent la bande côtière ouest vers le Suriname et la zone intérieure de savane ; tous deux ont été les noyaux de transmission soutenue.

Une séroprévalence projetée de 16,2 pour cent à travers le territoire se traduit par environ 48 000 personnes infectées d'ici la fin de l'épidémie. L'épidémie de 2014-15, par comparaison, avait infecté entre 16 000 et 25 000 personnes dans une population plus restreinte. La vague 2026, sur la trajectoire actuelle, sera la plus grande épidémie de chikungunya de l'histoire documentée de la Guyane française.

Ce que les résidents et les voyageurs doivent en retenir

Pour les résidents de Guyane française, le conseil opérationnel est simple et inchangé par rapport aux saisons arbovirales passées : se couvrir au crépuscule et à l'aube, lorsqu'Aedes aegypti est le plus actif, vider chaque semaine toute eau stagnante des balcons, gouttières et pots de jardin, dormir sous moustiquaire imprégnée ou dans des pièces munies de moustiquaires, et utiliser un répulsif éprouvé (DEET, picaridine, IR3535 ou huile d'eucalyptus citronné) sur la peau exposée. La charge des urgences du CHOG est le signal opérationnel le plus actuel : lorsque la charge hospitalière s'allège, la vague a passé son pic ; jusque-là, la protection personnelle est la couche immédiatement actionnable.

Pour les voyageurs en Guyane française, et plus largement dans le bassin caraïbe, le bulletin S25 est le déclencheur qui doit faire entrer le chikungunya dans la planification du voyage. Cayenne n'est pas une destination de loisirs à haut volume, mais c'est un aéroport de travail avec des liaisons régulières vers la Martinique, la Guadeloupe, la France métropolitaine et le Brésil. Les voyageurs qui éprouvent fièvre et douleurs articulaires sévères dans les deux semaines suivant leur retour du territoire devraient mentionner spécifiquement la Guyane française à leur médecin généraliste ; le chikungunya est largement sous-diagnostiqué dans les tableaux de voyageurs de retour parce que les douleurs articulaires peuvent être confondues avec d'autres arboviroses ou avec une arthrite non infectieuse.

Ce qu'il faut surveiller au cours des quatre prochaines semaines

L'équipe SpF Guyane publie le bulletin régional chikungunya à un rythme d'environ une semaine pendant la saison de transmission. Les trois prochains bulletins (S26, S27, S28) diront si le niveau de 67 cas par semaine est le nouveau plancher ou si la diffusion vers l'est dans l'Île de Cayenne a encore du potentiel. L'article de Sinturel dans Eurosurveillance sera mis à jour avec les données des semaines 19 à 25 dans une analyse de suivi plus tard dans l'année.

Pour les Caraïbes, la question structurelle est de savoir si la souche ECSA implantée en Guyane française établit un cycle sylvatique ou urbain sur une île voisine à forte densité d'Ae. aegypti. C'est le cadre éditorial à surveiller au cours du prochain trimestre.

Ce que nous savons

Sources citées

  1. Santé publique France, Chikungunya en Guyane, Bulletin du 25 juin 2026 (S25), publié le 26 juin 2026. https://www.santepubliquefrance.fr/regions-et-territoires/guyane/bulletin-regional/chikungunya-en-guyane-bulletin-du-25-juin-2026
  2. Petit Sinturel M, Rousset D, Enfissi A, Ramavoson T, Kezza C, Jourdain F, Djossou F, Succo T. Overview of chikungunya viral transmission, French Guiana, 2026. Euro Surveill 2026 ; 31(20) :2600296. DOI : 10.2807/1560-7917.ES.2026.31.20.2600296. PMID 42170750 ; PMCID PMC13197738. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42170750/
  3. Santé publique France Guyane, page d'accueil des bulletins (portail régional de surveillance des arbovirus). https://www.santepubliquefrance.fr/regions-et-territoires/guyane

Publié le 2026-06-28 · Mosticare Editorial

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