26 mai 20266 min de lecture

Huit régions françaises ont connu une transmission locale de chikungunya ou de dengue en 2025. Trois d'entre elles ne l'avaient jamais connue.

Bilan 2025 de Santé publique France : 809 cas de chikungunya et 30 cas de dengue en transmission locale sur la France hexagonale, répartis sur 79 et 11 épisodes de transmission. Trois régions — Nouvelle-Aquitaine, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté — ont connu leurs premiers épisodes autochtones. Le système de surveillance 2026 est la réponse institutionnelle, et les données 2026 diront si 809 cas étaient un pic ou une base.

Last updated · 26 mai 2026

Par David Ogilvy, Directeur Marketing de Mosticare Global | Publié le 2026-05-26

Santé publique France a publié sa rétrospective nationale 2025 des arboviroses début mai. Les chiffres de tête sont importants mais pas surprenants pour quiconque suit les courbes : 809 cas de chikungunya en transmission locale sur la France hexagonale, répartis sur 79 épisodes distincts ; 30 cas de dengue en transmission locale, répartis sur 11 épisodes. Le bilan couvre les dates de début des symptômes entre le 27 mai et le 13 novembre 2025.

Le chiffre qui doit retenir un lecteur n'est pas 809. C'est trois.

Pour la première fois, une transmission autochtone de chikungunya ou de dengue s'est produite dans trois régions françaises qui n'avaient jamais enregistré de cas acquis localement : la Nouvelle-Aquitaine sur la côte atlantique, la Bourgogne-Franche-Comté dans le centre-est, et — la plus discrètement significative — le Grand Est, le vaste bloc d'Alsace, de Lorraine et de Champagne qui borde l'Allemagne et la Belgique. Les cinq autres régions touchées en 2025 — Provence-Alpes-Côte d'Azur, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Corse, Île-de-France — figuraient déjà sur la carte de surveillance. Huit régions au total. Trois d'entre elles nouvelles.

Concrètement, cela signifie que le front du chikungunya français a franchi deux lignes longuement surveillées en une seule saison. Il a franchi vers l'ouest, jusqu'à l'Atlantique, où Aedes albopictus progressait depuis plusieurs années mais n'avait pas encore produit de chaîne de transmission locale documentée. Et il a franchi vers le nord, dans la « ceinture froide », où la sagesse conventionnelle voulait que la fenêtre thermique fût encore trop étroite pour qu'un cycle humain-moustique-humain puisse se refermer.

C'est ce second franchissement qui mérite qu'on s'y arrête. Les travaux de modélisation du Centre for Ecology and Hydrology, publiés en 2025 et largement discutés dans les cercles de santé publique européens, ont placé le seuil de température pour une transmission soutenue du chikungunya aux alentours de 13 °C — nettement plus bas que les estimations antérieures. Le Grand Est se situe dans une bande thermique qui, sur les anciens modèles, était considérée comme sûre une grande partie de l'année. L'épisode 2025 dans le Grand Est signifie que le seuil a été franchi assez longtemps, dans un lieu où le vecteur est présent en densité suffisante, pour qu'au moins un voyageur virémique ait ensemencé une chaîne que les moustiques ont pu boucler.

Rien de tout cela n'est plus hypothétique. Aedes albopictus était implanté dans 83 des 96 départements métropolitains au 1er janvier 2026, selon la carte de répartition de Santé publique France. Le moustique tigre asiatique fait partie de la vie dans le sud de la France depuis deux décennies ; la nouvelle, c'est qu'il pique désormais sur le sol national dans des endroits où, il y a dix ans, personne n'aurait songé à le chercher. L'Observatoire de l'environnement en Bretagne a confirmé une population établie sur la côte ouest début 2026. Les 13 départements hexagonaux restants sans implantation confirmée se situent pour l'essentiel dans le nord, le centre et les départements alpins les plus élevés — et même ceux-ci font désormais l'objet d'un suivi renforcé par pièges dans le cadre du système de surveillance 2026.

Le moteur derrière le pic de chikungunya de 2025 ne fait pas débat. L'épidémie de La Réunion, qui a produit quelque 450 000 cas cumulés entre fin 2024 et juin 2025, a alimenté tout au long de l'été un flux soutenu de voyageurs virémiques de retour vers la France hexagonale. Quatre-vingt pour cent du chikungunya hexagonal en 2025 se trouvaient à quatre générations sérielles d'un cas réunionnais. Les 20 % restants étaient rattachables à des cas importés d'ailleurs dans l'océan Indien et dans les Caraïbes. La région PACA a absorbé environ 60 % de la charge de transmission 2025 du pays — ses populations de moustiques tigres matures, ses flux touristiques urbains denses et ses températures saisonnières élevées conjugués pour produire le plus grand épisode régional de l'année. Mais la dominance de PACA est la partie du tableau qui ne surprend personne. L'histoire de 2025, c'est que le reste de la carte a commencé à ressembler davantage à PACA.

La réponse 2026 de Santé publique France est la reconnaissance institutionnelle de ce basculement. La surveillance nationale renforcée — la surveillance renforcée des arboviroses — a été réactivée le 1er mai 2026 et court jusqu'au 30 novembre. Tout cas suspect de chikungunya, de dengue, de Zika ou de virus du Nil occidental sur la France hexagonale doit désormais être notifié sous 24 heures, que le patient ait voyagé ou non. L'Agence régionale de santé Île-de-France, adoptant la posture la plus prospective de toutes les autorités régionales françaises, a déployé 435 pièges à œufs de moustiques dans les huit départements franciliens, y compris sur les trois aéroports parisiens, avec une fenêtre de surveillance qui court en pratique toute l'année. L'ARS PACA poursuit son propre réseau de surveillance historique. Le système 2026 est, en pratique, une posture de surveillance continue calibrée pour un monde où le prochain épisode autochtone pourrait démarrer en mars et où la première transmission pourrait être confirmée en mai.

Les chiffres à garder en tête pour l'été européen ne sont donc pas les totaux 2025 — ceux-là relèvent de l'histoire. Ce sont les cumuls 2026 en cours : le nombre d'épisodes qui ne se referment pas proprement en trois intervalles sériels, le nombre de régions avec une transmission confirmée, et la question de savoir si l'une des trois régions nouvellement touchées en 2025 enregistre une seconde année consécutive. Le saut de 2024 à 2025, d'une poignée de régions du sud à huit régions dont le Grand Est, est le type de changement d'échelle qui, s'il se reproduit en 2026, devient une tendance et non plus un artefact lié à l'épidémie réunionnaise. Si 2026 se maintient à huit régions ou moins, le chiffre 2025 pourra être lu comme une poussée d'un été portée par une vague exceptionnelle de l'océan Indien. S'il monte à neuf ou dix, la poussée est devenue la nouvelle base.

Ce qu'un résident ordinaire d'une des régions nouvellement touchées peut faire face à cela n'a pas changé par rapport à ailleurs : vidanger chaque semaine, tout au long des mois chauds, l'eau stagnante des soucoupes, gouttières, pataugeoires, seaux inutilisés et dessous de pots de fleurs d'extérieur ; utiliser des répulsifs cutanés sur la peau exposée aux heures de jour, quand Aedes albopictus se nourrit ; signaler les moustiques morts correspondant au profil du moustique tigre via la plateforme SignalementMoustique ; et consulter le tableau de bord national de surveillance avant de supposer que les conditions locales sont inchangées. La couche de protection personnelle dans laquelle il vaut le mieux investir est la couche physique — la chemise à manches longues, la fenêtre moustiquaire, la moustiquaire de lit sous laquelle on dort lors d'un voyage dans un pays en pleine épidémie — plutôt que la bombe aérosol. Rien de tout cela n'est un conseil de santé publique nouveau. La nouveauté, c'est qu'à compter de 2025, ce conseil s'applique aussi à Strasbourg en plus de Saint-Tropez.

C'est la forme stable et sans romantisme que prend le changement climatique tel qu'il se manifeste en soins primaires en France : non pas une peste soudaine, mais un lent redécoupage des codes postaux à risque. Le bilan 2025 est le moment où ce redécoupage est devenu visible à l'échelle régionale. Le système de surveillance 2026 est la réponse. Ce que le pays fera des dix-huit prochains mois de données déterminera si le chiffre de 809 cas est celui dont on se souviendra comme le pic d'un épisode de l'océan Indien, ou celui dont on se souviendra comme le début d'un long glissement vers le nord.

Ce que nous savons

Sources